La santé mentale s’est imposée ces dernières années comme un enjeu majeur de santé publique à l’échelle européenne. Longtemps reléguée au second plan, parfois passée sous silence en raison de la stigmatisation qui l’entoure, elle fait aujourd’hui l’objet d’une véritable mobilisation. L’Union européenne en a fait une priorité, comme en témoigne l’adoption d’une approche globale de la santé mentale par la Commission européenne. Une dynamique qui trouve un écho concret en Bretagne, territoire particulièrement actif en matière de recherche et d’innovation dans ce domaine.
Un mal silencieux qui touche des millions d’Européens
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avant même la crise sanitaire liée à la Covid-19, on estimait que près d’un Européen sur six était concerné par un trouble de santé mentale. La pandémie a agi comme un véritable révélateur, voire un accélérateur, des fragilités psychiques au sein de la population. Confinements, isolement social, incertitudes économiques et sanitaires : autant de facteurs qui ont contribué à dégrader le bien-être mental de nombreux citoyens, en particulier chez les jeunes.
Les conséquences de ces troubles dépassent largement le seul cadre individuel. Dépression, anxiété, troubles du comportement ou encore conduites addictives pèsent lourdement sur les systèmes de santé, mais aussi sur l’économie. Selon les estimations, le coût des problèmes de santé mentale représenterait plus de 4 % du PIB à l’échelle de l’Union européenne, soit plusieurs centaines de milliards d’euros chaque année. Au-delà des dépenses de santé directes, ce sont la perte de productivité, l’absentéisme et le retrait du marché du travail qui alourdissent la facture.
Malgré l’ampleur du phénomène, la santé mentale reste encore trop souvent un sujet tabou. La stigmatisation des personnes concernées constitue un frein majeur à l’accès aux soins, dissuadant nombre d’entre elles de consulter ou de parler ouvertement de leurs difficultés.
Une prise de conscience devenue priorité politique
Face à ce constat, l’Union européenne a décidé d’agir. En juin 2023, la Commission européenne a présenté une approche globale de la santé mentale (Comprehensive approach to mental health), marquant un tournant dans la manière d’appréhender cette question à l’échelle continentale.
Cette stratégie repose sur l’idée que la santé mentale doit être intégrée dans l’ensemble des politiques publiques, et non traitée comme un domaine isolé. Elle s’inscrit dans une logique transversale, à l’image de l’approche « One Health », en reconnaissant que le bien-être mental est étroitement lié à de nombreux facteurs : conditions de travail, environnement, éducation, conditions de vie ou encore transformation numérique.
Pour soutenir cette ambition, la Commission a mobilisé une enveloppe de près de 1,23 milliard d’euros, déployée à travers différents instruments de financement européens. L’objectif est clair : faire de la santé mentale un pilier à part entière des politiques de santé.
Trois grands principes directeurs
L’approche européenne s’articule autour de plusieurs axes prioritaires :
- La prévention et la promotion de la santé mentale, en agissant en amont sur les facteurs de risque, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.
- L’accès à des soins de qualité et abordables, afin que chacun puisse bénéficier d’un accompagnement adapté, quel que soit son lieu de résidence ou sa situation socio-économique.
- La réinsertion dans la société, en luttant contre la stigmatisation et en favorisant le retour à une vie sociale et professionnelle après une période de fragilité.
La stratégie accorde par ailleurs une attention particulière à certaines populations jugées vulnérables : les enfants et les adolescents, les personnes âgées, ainsi que les groupes en situation de précarité. Les enjeux liés au numérique, et notamment l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes, font également l’objet d’une vigilance accrue.
La France et la Bretagne, des territoires engagés
En France comme dans le reste de l’Europe, la santé mentale est devenue un sujet de premier plan. Elle a notamment été désignée Grande cause nationale pour l’année 2025 (puis à nouveau en 2026), témoignant d’une volonté politique de sensibiliser l’opinion publique et de déstigmatiser les troubles psychiques.
La Bretagne en mouvement : un territoire d’innovation
À l’échelle régionale, la Bretagne se distingue par un écosystème particulièrement dynamique en matière de recherche et d’innovation en psychiatrie et santé mentale.
Le tissu régional fourmille de solutions d’avant-garde qui répondent directement aux trois grands principes de la stratégie européenne : prévention, accès aux soins de qualité et accompagnement personnalisé.
En matière de prévention et de promotion du bien-être, des startups bretonnes développent des outils numériques innovants. C’est le cas de Réussys, dont l’application mobile propose une routine quotidienne et personnalisée de gestion des émotions, ou encore d’Abyss Ingredients, qui conçoit des compléments alimentaires au service de la santé cognitive.
Du côté du dépistage et de l’aide à la décision, le CHU de Brest s’investit activement dans la recherche en psychiatrie, notamment autour de la prévention et des outils d’aide à la décision pour les professionnels de santé. L’intelligence artificielle est également mobilisée, à l’image d’Emobot, qui analyse les troubles de l’humeur grâce aux expressions faciales, ou de MINDIG, qui exploite l’électroencéphalographie à haute densité pour une approche personnalisée de la psychiatrie.
En ce qui concerne les approches thérapeutiques innovantes, la Bretagne ne manque pas d’exemples : Syneika développe la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) pour accompagner les patients dépressifs, Live-Out mobilise la réalité virtuelle pour traiter la dépression des personnes âgées, tandis que l’Institut NuMeCan explore une médecine personnalisée des troubles du comportement alimentaire grâce au neurofeedback.
L’accompagnement des publics vulnérables, autre priorité européenne, trouve également des réponses concrètes en région. Le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités constitue un lieu de recherche et d’expérimentation dédié à la prise en charge de la maladie d’Alzheimer, tandis que Deneo met le numérique au service de l’observance thérapeutique et du soutien aux professionnels de santé.
📖 Voir notre dossier > Innovations en Psychiatrie et Santé Mentale : La Bretagne en mouvement
Vers une mobilisation collective et durable
La santé mentale ne peut plus être considérée comme une question marginale. Elle concerne l’ensemble de la société et appelle une réponse coordonnée, mobilisant les pouvoirs publics, les professionnels de santé, le monde de la recherche, les entreprises et les citoyens.
L’approche globale portée par l’Union européenne ouvre la voie à une meilleure prise en charge et à une véritable culture de la prévention. En faisant tomber les tabous et en intégrant le bien-être mental au cœur des politiques publiques, l’Europe affirme une conviction forte : il n’y a pas de bonne santé sans santé mentale.
Dans cette dynamique, la Bretagne démontre tout son potentiel. Grâce à un écosystème mêlant recherche académique, établissements hospitaliers, startups et entreprises innovantes, la région se positionne comme un véritable territoire de référence pour transformer la prise en charge de la santé mentale. Biotech Santé Bretagne s’engage aux côtés de ces acteurs pour accompagner et valoriser ces innovations, au service du bien-être psychique des populations.
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- Adeline Jacob, chargée de développement et projets européens santé > adeline@biotech-sante-bretagne.fr
- Dimitri Guézel Romanov, chargé de projets européens > dimitri@biotech-sante-bretagne.fr
Publié le 29/09/2026