Longtemps considérée comme un sous-champ de la médecine, la santé des femmes s’impose aujourd’hui comme un enjeu scientifique, médical et économique majeur. Derrière cette dynamique, un constat : les inégalités femmes-hommes face aux pathologies demeurent importantes — tant dans la prise en charge que dans la recherche.

Des inégalités persistantes dans la prise en charge
Endométriose : des années d’errance diagnostique
L’endométriose touche 10 % des femmes en France. Pourtant, le délai moyen pour obtenir un diagnostic est de 6 à 10 ans après l’apparition des symptômes.
(Source : Fondation Inserm – https://fondation-inserm.org/nos-domaines-dactions/relever-les-grands-defis-societaux/soutenir-la-sante-des-femmes-un-imperatif-de-recherche-et-degalite/)
Ce retard diagnostique illustre une réalité documentée : les symptômes féminins, notamment lorsqu’ils concernent la douleur chronique, sont encore insuffisamment reconnus et pris en compte.
AVC : des différences de diagnostic et de traitement
Les inégalités concernent également des pathologies qui engagent le pronostic vital comme l’accident vasculaire cérébral (AVC).
- 30 % des femmes sont plus susceptibles que les hommes de se présenter avec des symptômes d’AVC atypiques, puis d’être mal diagnostiquées avant d’être renvoyées chez elles.
- Les femmes ont 13 % de chances en moins que les hommes de recevoir un anticoagulant après un AVC (contre 30 % dix ans auparavant, selon une méta-analyse récente). L’écart se resserre, mais persiste. Les différences de symptômes présentés par les femmes seraient en cause.
(Sources : Fondation Inserm https://fondation-inserm.org/nos-domaines-dactions/relever-les-grands-defis-societaux/soutenir-la-sante-des-femmes-un-imperatif-de-recherche-et-degalite/ – Sciences et Avenir – https://www.sciencesetavenir.fr/sante/coeur-et-cardio/avc-les-femmes-ont-toujours-moins-de-chances-de-recevoir-leur-traitement-que-les-hommes-mais-ca-s-ameliore_145113)
Ces données confirment la nécessité d’une meilleure prise en compte des spécificités biologiques et cliniques féminines dans la recherche et les parcours de soins.
Recherche scientifique : des biais historiques
La santé des femmes reste le parent pauvre de la recherche médicale. Que ce soit en recherche fondamentale sur les différences biologiques entre les sexes, en pharmacologie (posologies inadaptées, effets secondaires peu étudiés chez les femmes), ou dans les essais cliniques trop souvent centrés sur des cohortes masculines, les biais sont nombreux et persistants. Un chiffre en dit long : en 2024, sur un budget total de plus de 47 milliards de dollars, les NIH (National Institutes of Health) n’ont consacré que 28 millions à la recherche sur l’endométriose, soit à peine 0,06 %, alors que cette pathologie touche environ 10 % des femmes en âge de procréer1. Plus généralement, un travail a montré que parmi les maladies sous-financées par les NIH en 2019, 14 étaient à dominance féminine (entre autres migraine, endométriose, fibrome utérin), et seulement une à dominance masculine.
(Source : La santé des femmes : enfin une priorité ? – https://www.medecinesciences.org/fr/articles/medsci/full_html/2025/12/medsci20250148/medsci20250148.html#FN9)
Une exclusion longtemps systémique des femmes dans les essais cliniques
La recherche clinique a longtemps exclu les femmes, notamment dans les essais thérapeutiques, afin d’éviter les risques liés à une éventuelle maternité.
Cette exclusion a généré :
- des incertitudes sur les dosages adaptés,
- une détection insuffisante des effets secondaires,
- un risque accru d’effets indésirables chez les femmes.
(Source : Zucker and Prendergast, 2020.)
Depuis les années 1990, le NIH (National Institutes of Health) aux États-Unis a mis en place une politique incitative forte pour corriger ce déséquilibre. Cette stratégie a permis d’atteindre une représentation globale plus équilibrée dans les essais portant sur les nouveaux candidats médicaments.
Cependant, le ratio femmes/hommes dans les essais ne reflète toujours pas celui des patients atteints dans certaines pathologies, notamment les maladies cardiovasculaires et infectieuses, où les femmes restent sous-représentées.
(Source : Vasisht et al., 2021)
Des biais également présents en recherche fondamentale
Plusieurs analyses de la littérature scientifique en biologie montrent que les animaux mâles (souvent des souris) sont préférentiellement utilisés dans la majorité des recherches hors reproduction.
(Sources : Beery and Zucker, 2011 – Yoon et al., 2014)
Pourtant, lorsque les travaux sont menés sur des souris mâles et femelles, les résultats montrent que les observations réalisées chez l’animal mâle ne sont pas nécessairement transposables à l’animal femelle – et inversement.
Encore aujourd’hui, de nombreux protocoles ignorent la variable sexe. Or, l’organisme femelle n’est pas un organisme mâle « en miniature ». Lorsque les recherches intègrent les deux sexes, des différences apparaissent quasi systématiquement.
Les organismes financeurs européens et nationaux sont désormais sensibilisés à cet enjeu et développent des politiques incitatives en ce sens.
Femtech : un potentiel économique stratégique
L’innovation en santé des femmes représente un levier économique majeur.
Des financements en croissance
- 90 millions d’euros levés en 2025 en France pour les technologies dédiées à la santé des femmes.
- 170 startups recensées en France en 2025.
(Source : Baromètre Femtech France 2025 – https://buzz-esante.fr/le-barometre-de-la-femtech-en-france-2025-devoile/#:~:text=Sur%20le%20volet%20des%20financements,de%2090%20millions%20d’euros)
Le marché reste émergent, à titre de comparaison, les entreprises françaises de la HealthTech totalisent 2,3 milliards d’euros de levées de fonds en 2025, selon le Panorama France Healthtech 2026 qui comptabilise aussi 2800 entreprises dans le secteur.
(Source : France Biotech – https://france-biotech.fr/publications/)
Un marché mondial en forte expansion
- 135 milliards de dollars : estimation du marché global de la Femtech d’ici 2030.
- 1 000 milliards de dollars par an : coût estimé des inégalités de santé femmes-hommes, qui pourrait être réduit grâce à des investissements appropriés.
(Source : Femtech France – https://www.femtechfrance.org/tout-sur-la-femtech)
Ces chiffres démontrent que la santé des femmes n’est ni un marché de niche, ni un simple enjeu sociétal : c’est un axe stratégique de croissance et d’impact.
Une opportunité pour l’écosystème régional
Pour les acteurs de l’innovation en santé et de la recherche de l’Ouest, la santé des femmes représente donc un enjeu scientifique majeur, un levier d’innovation différenciante, une opportunité de création de valeur et un facteur d’amélioration durable de la qualité de vie !
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Publié le 06/03/2026