Face à la montée des zoonoses, de l’antibiorésistance, des pollutions et plus largement des effets de la dégradation de l’environnement sur la santé, l’approche One Health / Une seule santé prend une place croissante dans les politiques publiques, en Europe comme en France. Portée par les grandes organisations internationales, reprise dans plusieurs stratégies européennes récentes, elle invite à penser ensemble la santé humaine, la santé animale, la santé des plantes et celle des écosystèmes. Pour les acteurs de la recherche et de l’innovation, c’est aussi un cadre de plus en plus structurant, avec des perspectives concrètes dans les futurs programmes européens.
Une définition globale de la santé
L’Organisation mondiale de la santé définit l’approche One Health comme une approche intégrée et unificatrice visant à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.
Cette définition, portée au niveau international par le partenariat quadripartite réunissant l’OMS, l’OMSA, la FAO et le PNUE, repose sur une idée simple : la santé humaine ne peut pas être dissociée de celle du vivant et des milieux dans lesquels nous vivons.
Cette vision fait écho aux travaux déjà anciens sur la santé environnementale. Dès 1994, la conférence d’Helsinki soulignait le rôle des facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux et psychosociaux de l’environnement sur la santé humaine et la qualité de vie.
Des enjeux sanitaires majeurs
L’intérêt croissant pour l’approche One Health s’explique par l’ampleur des enjeux. Les chiffres sont parlants. En Europe, les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité : plus de 1,7 million de décès ont été enregistrés dans l’Union européenne en 2022, soit environ un tiers de l’ensemble des décès. Chaque année, plus de 6 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués, pour un coût estimé à 282 milliards d’euros.
À l’échelle mondiale, l’OMS estime par ailleurs que près de 7 millions de décès par an sont liés à la pollution de l’air. L’organisation rappelle également qu’environ 60 % des maladies infectieuses émergentes proviennent des animaux, et que 75 % des nouveaux agents pathogènes humains détectés au cours des trente dernières années sont d’origine animale.
Ces constats montrent bien que les questions de santé ne relèvent pas uniquement du soin ou de la réponse aux crises mais également d’enjeux de prévention. Elles sont aussi liées à la qualité de l’air, de l’eau, des sols, à la biodiversité, aux pratiques agricoles, à l’alimentation ou encore à l’évolution de nos environnements de vie.
Une approche de plus en plus présente dans les politiques européennes
Au niveau européen, l’approche One Health s’est d’abord imposée dans le champ de la résistance aux antimicrobiens, avec le plan d’action de l’Union européenne lancé en 2017. Depuis, elle irrigue un nombre croissant de politiques et de textes stratégiques. C’est le cas notamment du plan d’action Zéro pollution, de la stratégie européenne pour la biodiversité à l’horizon 2030, de la stratégie De la ferme à la table, ou encore de la stratégie de l’Union européenne en matière de santé mondiale.
L’idée est de mieux articuler les politiques de santé, d’environnement, d’agriculture, d’alimentation et de recherche, dans une logique plus préventive et plus transversale.
Le paquet législatif “One Substance, One Assessment” s’inscrit aussi dans cette dynamique, avec l’objectif d’améliorer la sécurité chimique en renforçant la coopération entre agences européennes et États membres.
Le rôle central de l’EFSA et des agences européennes
Dans ce cadre, l’EFSA joue un rôle important. L’agence contribue à faire vivre concrètement l’approche One Health à travers ses évaluations scientifiques, ses activités de collecte de données, de surveillance et d’analyse des risques.
Elle travaille en lien avec plusieurs autres agences européennes, en particulier l’AEE, l’ECDC, l’EMA et l’ECHA.
Cette coopération s’est renforcée ces dernières années. En novembre 2023, cinq agences européennes ont publié une déclaration commune, “Cross-agency knowledge for One Health action”, pour affirmer leur engagement en faveur d’une approche coordonnée. Puis, en mai 2024, elles ont présenté un cadre d’action commun structuré autour de plusieurs priorités : coordination, renforcement des capacités, recherche, communication et actions conjointes.
Cette évolution montre que l’approche One Health n’est plus seulement un principe général : elle devient progressivement un cadre d’action partagé au sein de l’Union européenne.
Pollution, biodiversité, maladies chroniques : un même sujet de santé
L’un des intérêts majeurs de l’approche One Health est de faire le lien entre des sujets trop souvent traités séparément.
Les maladies infectieuses émergentes et les zoonoses en sont un aspect important, tout comme la résistance aux antimicrobiens. Mais l’approche concerne aussi les maladies non transmissibles, les effets de l’exposome, la sécurité alimentaire, ou encore les conséquences sanitaires des pollutions.
L’Agence européenne pour l’environnement souligne par exemple le rôle de plusieurs facteurs environnementaux dans les maladies cardiovasculaires : pollution de l’air, bruit, chaleur, faible accès aux espaces verts. À l’inverse, des solutions fondées sur la nature : végétalisation urbaine, parcs, corridors verts, espaces bleus, peuvent contribuer à réduire ces risques tout en améliorant la qualité de vie.
En France, une dynamique à suivre
En France aussi, cette approche prend de l’ampleur. Le CESE rappelle dans un récent rapport que la dégradation des écosystèmes et l’effondrement de la biodiversité ont un coût humain, social et économique considérable. Il insiste également sur la nécessité d’une politique davantage fondée sur la prévention et sur une meilleure transversalité entre les acteurs.
Dans cette continuité, un Sommet One Health aura lieu à Lyon le 7 avril 2026. Organisé entre chefs d’États et de gouvernement il doit porter sur quatre grands thèmes : les maladies infectieuses, les vecteurs et l’antibiorésistance, les maladies non transmissibles notamment les cancers et l’exposome ainsi que l’alimentation durable et les pollutions.
Les travaux issus de ce sommet seront à suivre de près et nous nous en ferons l’écho.
Des opportunités dans les programmes européens
L’approche One Health se retrouve également dans plusieurs programmes européens qui peuvent intéresser les acteurs de la recherche, de la santé, de l’agroalimentaire, de l’environnement ou des biotechnologies.
Parmi les principaux programmes à suivre :
- Horizon Europe, pour les projets de recherche et d’innovation, notamment sur les maladies infectieuses, l’antibiorésistance, les diagnostics, les nouvelles thérapies ou les approches intégrées en santé ;
- EU4Health, qui soutient la préparation aux crises sanitaires, la surveillance, la prévention et le renforcement des systèmes de santé ;
- LIFE, pour les projets liés à la pollution, à la biodiversité et à la qualité des milieux.
D’autres instruments peuvent également être mobilisés selon les thématiques : Digital Europe, IHI, INTERREG ou encore les financements liés aux transitions agricoles.
Plusieurs appels 2026-2027 sont encore en préparation ou à confirmer dans les programmes de travail à venir, mais la tendance est claire : les projets capables d’articuler santé, environnement et innovation auront toute leur place dans les prochains financements européens.
Un sujet à suivre pour les acteurs bretons
Pour les entreprises, laboratoires, établissements de santé et porteurs de projets, One Health constitue aujourd’hui un cadre particulièrement stimulant. Il ouvre des perspectives à la fois scientifiques, partenariales et européennes.
Biotech Santé Bretagne suit attentivement les appels à projets 2026-2027 sur ces thématiques et pourra accompagner les structures intéressées dans l’identification des opportunités, la mise en relation avec des partenaires et le montage de projets.
💡 Si vous travaillez sur des sujets liés à la santé environnementale, à l’antibiorésistance, aux maladies infectieuses, à l’exposome, à l’alimentation durable ou aux liens entre biodiversité et santé, n’hésitez pas à nous contacter pour en échanger. [Contactez nos chargé.e.s de projets européens]
Publié le 31/03/2026