Gaëlle Etienne, fondatrice de CycleGala, a développé une solution numérique destinée à optimiser la performance sportive des femmes en tenant compte de leur cycle menstruel. Son parcours et son projet illustrent une approche innovante à l’intersection du sport, de la santé et de la technologie.
Un parcours entre psychologie et sport féminin
Après des études en psychologie avec une spécialisation en santé, Gaëlle Etienne a effectué un service civique au Brest Bretagne Handball et elle a ensuite collaboré plusieurs années avec différents clubs sportifs (Quimperlé Handball, Centre d’entraînement de foot de Clairefontaine, Pôle formation hand breton). Ces expériences lui ont permis d’observer les difficultés rencontrées par les sportives, notamment en lien avec leur cycle menstruel. Les joueuses évoquaient des gênes, mais le sujet restait peu abordé en club.


Parallèlement, des recherches émergeaient sur les liens entre cycle menstruel et performance, notamment celles menées par l’INSEP avec la chercheuse Juliana Antero. Gaëlle Etienne a commencé à suivre ces travaux, faire de la veille et organiser des ateliers pour sensibiliser les joueuses et les entraîneurs. Ces échanges ont confirmé le besoin d’un outil structuré pour suivre ces variations.
C’est dans ce contexte qu’elle a identifié l’opportunité de développer CycleGala, une solution numérique dédiée au suivi du cycle menstruel dans le sport.
Une approche centrée sur les besoins des sportives
Les solutions existantes étaient limitées selon Gaëlle Etienne : « Les applications grand public suivent le cycle mais sans intégrer la dimension sportive. Elles ne permettent pas de corréler les symptômes aux performances physiques ou mentales. À l’inverse, les outils professionnels, utilisés par certains clubs ou fédérations, sont souvent complexes et réservés aux staffs médicaux, avec des données peu accessibles aux sportives. »
CycleGala propose une alternative en combinant suivi du cycle, symptômes et performances sportives. L’application enregistre ces données et utilise un algorithme pour mettre en évidence les corrélations entre phases du cycle et ressenti. Elle propose ensuite des recommandations personnalisées en matière de sommeil, nutrition et récupération.
L’outil se distingue également par sa double interface : une pour la sportive, une pour l’entraîneur, qui peut adapter les séances en fonction des données. L’objectif n’est pas seulement de suivre, mais d’optimiser la pratique sportive en tenant compte des variations hormonales.

Vue de l’application CycleGala
Cycle menstruel et performance : données scientifiques
« Plusieurs études montrent une influence significative du cycle menstruel sur la performance sportive. Par exemple, 93 % des sportives estiment que leur cycle a un impact, positif ou négatif, sur leurs performances. Par ailleurs, les femmes présentent un risque de blessure cinq fois plus élevé que les hommes, en partie lié à des protocoles d’entraînement souvent conçus pour des physiologies masculines » explique Gaëlle Etienne.
Les variations hormonales au cours du cycle entraînent des changements physiologiques notables :
- Pendant la phase lutéale (après l’ovulation) : Les sportives bénéficient d’une meilleure endurance mais la récupération peut être plus longue.
- En phase folliculaire (après les règles) : La force et l’explosivité sont accrues, propices au renforcement musculaire.
- Pendant la période menstruelle : La sensibilité à la fatigue peut être plus marquée, nécessitant parfois des ajustements comme la réduction de l’intensité ou une récupération active, le temps que le cycle soit maîtrisé et les symptômes (fatigue, etc.) éliminés.
CycleGala permet d’identifier ces phases et d’adapter l’entraînement en conséquence, avec pour objectifs de réduire les gênes, limiter les blessures et optimiser les performances.
État d’avancement et perspectives
Le développement de CycleGala est en cours. L’application est en phase de codage, en collaboration avec la junior entreprise de l’ISEN Brest. Parallèlement, un protocole de test est en préparation avec le centre d’innovation W.INN (CHU de Brest) et le Living Lab Santé des femmes (CHU de Rennes), afin de valider scientifiquement l’outil.
Plusieurs clubs et fédérations (handball, football) ont manifesté leur intérêt pour tester la solution, ainsi que des sportives indépendantes (cyclisme, athlétisme, voile). Une sortie grand public de l’application est envisagée au printemps 2026. L’application sera accessible aux sportives individuelles comme aux structures sportives.
Vers une meilleure prise en compte des spécificités féminines
L’enjeu principal de CycleGala est double. Il s’agit d’abord de faciliter l’accès à l’information sur le cycle menstruel dans le sport, un sujet encore peu abordé. Ensuite, l’objectif est d’adapter l’entraînement en intégrant les spécificités féminines, alors que la plupart des programmes sont aujourd’hui conçus pour des physiologies masculines.
À plus long terme, cette solution pourrait contribuer à normaliser une approche plus inclusive de l’entraînement sportif, permettant aux femmes de tous niveaux de s’entraîner en tenant compte de leur cycle.
💡 En savoir plus : Gaëlle Etienne
Publié le 10/03/2026